Dans mon exploration du jeu vidéo africain, j’ai commencé par quelqu’un que je connais: Yannick Sabze, fondateur de Gameroon. Après avoir compris ce qui l’a motivé à se lancer dans le jeu vidéo (Partie I – Le Pourquoi), quels sont les outils qu’il a utilisés pour réaliser ses jeux (Partie II – Le Comment), nous arrivons à la dernière partie: L’après. Quel avenir pour Gameroon et que pouvons nous tirer de cette expérience pour l’avenir du jeu-vidéo africain et camerounais.

Cette trilogie d’article me fait penser à un tunnel. On a trouvé la motivation d’y entrer, choisis les outils pour le traverser, maintenant nous avançons. Il y a une partie sombre avec les défis et difficultés et une partie de lumière au bout du tunnel avec les ambitions du fondateur pour Gameroon et pour les autres acteurs de l’industrie du jeu-vidéo africain.
GamethSense(GS) : Quelles sont les barrières et les défis du jeu vidéo au Cameroun ?
Yannick Sabze (YS): La barrière est surtout d’ordre financier. Les institutions financières refusent d’investir dans ce secteur qu’ils jugent trop à risque. Un jugement malheureusement basé sur l’ignorance et même sur des préjugés à mon sens. En ce qui concerne les défis, il faut absolument faire un travail de communication pour changer les mentalités autour du jeu vidéo et des habitudes de consommation. Les gens sont capables de dépenser des sommes pharaoniques dans les jeux de hasard mais lorsqu’il s’agit de poser un acte d’achat pour un produit culturel, la tendance est de se retourner vers le gratuit voire carrément d’avoir recours à la piraterie. D’autres éléments qui pourrait être un problème c’est à mon avis le climat social et surtout politique, les problèmes liés à l’énergie, les infrastructures défectueuses.
(GS) Question de grand rêveur mais que je pose comme un challenge: est-ce qu’on a le potentiel pour créer un jeu vidéo triple A au Cameroun? Qu’est ce qui manque pour cela ?
(YS): Je crois qu’on peut créer un triple A au Cameroun. La véritable question pour moi est en combien de temps, ou encore dans combien de temps? Il faudra pour ce faire composer l’équipe de développement qui peut très bien ne pas être uniquement constituée de nationaux. Le télétravail est une solution pour ceux qui peuvent être recrutés pour le travail mais qui ne désirent pas se relocaliser au Cameroun. Si le projet est bancable il va se trouver un éditeur qui peut financer le projet comme ça se fait déjà dans d’autres pays africains comme le Nigéria.
(GS) Qu’est ce que tu conseillerais aux jeunes et moins jeunes qui voudraient se lancer dans le développement de jeux-videos au Cameroun?
(YS): Mon conseil à quiconque veut se lancer dans le jeu vidéo au Cameroun : s’armer de beaucoup de courage, d’abnégation de passion et de foi. Ces notions abstraites parce qu’il va falloir un mental d’acier pour commencer et continuer cette aventure. En général deux solutions se présentent : il faut soit se former, se retrousser les manches et mettre la main dans le pétrin pour faire le gros du travail soi-même ou alors être financièrement capable de recruter les talents qui vont s’occuper de matérialiser la vision. Je conseille de se former non seulement pour réduire les risques mais aussi parce qu’au terme de la formation, les connaissances acquises pourront servir pour les projets personnels mais aussi être mis à contribution contre rémunération pour les projets des autres. Je conseille de tisser des liens avec les professionnels du milieu. Je conseille vivement de proposer des jeux vidéo originaux inspirés de l’univers folklorique, de l’ingéniosité et de la culture africaine. Enfin, il faut avoir les pieds sur terre mais la tête dans les nuages. C’est une image que j’aime bien employer pour illustrer le fait qu’il faut avoir de grandes ambitions mais commencer en se fixant des objectifs modestes et atteignables. A titre d’exemple, celui ou celle qui se lance, au lieu de penser qu’il va faire un triple A qui va être joué sur les consoles de dernières générations peut très bien commencer par un casual game qui va être joué sur mobile et sur les réseaux sociaux.
(GS): C’est quoi l’apres pour Gameroon ?
(YS): Gameroon est une entreprise qui propose des services dans le secteur des NTIC à la base. Gameroon Entertainment est une branche de Gameroon qui fournit du divertissement dans les domaines du jeu vidéo, de la littérature, de la musique et du cinéma. Ainsi, après la sortie d’un jeu vidéo, il peut y avoir la sortie d’un clip vidéo, qui peut être suivi de la sortie d’une bande dessinée, laquelle peut être suivi de la sortie d’une nouvelle saison d’une web-série… Une boucle infinie dans laquelle nous espérons enfermer les aficionados d’art pour leur plus grand bonheur.
Apres pour Gameroon
Gameroon et son fondateur travaillent sur un nouveau concept de jeu et j’ai hâte de suivre l’évolution et de voir le résultat final.
Game over for Part III
Ceci est donc la fin de notre série sur Gameroon . Nous avons partagé son expérience et son point de vue sur le développement du jeux-vidées au Cameroun et je pense qu’il est important de le faire pour faire avancer l’industrie. Voici ce qu’on peut retenir.
Pour réussir, il faut y être armé de connaissances techniques, managériales, commerciales, etc.. mais surtout de force, conviction et patience. Je pense c’est valable dans tout les domaines. le jeu vidéos opérant dans un contexte ou il n’est pas considéré comme un priorité d’investissement en Afrique. Donc deux barrières a casser : la barrière financière et la barrière des stéréotype sur le jeux-vidéos. Il faut donc savoir aborder les investisseurs ou partenaires potentiels, comprendre leur langage, leur attentes et miser dessus. Leur parler de votre gameplay RPG révolutionnaire à la Expedition 33 et de votre “game engine” ça va embrouiller vos investisseurs et les faire fuir. Par contre parler du marche, du potentiel, de chiffres, de profits et de perspective ca parle a tout le monde.
Voir grand et commencer petit. Il faut être ambitieux (Si on voit petit on atteindra tout petit), il faut aussi savoir composer avec les réalités. Allez y pas à pas. Pas besoin de faire un Triple A pour réussir dans l’industrie, vous pouvez commencer par un jeu plus modeste et au fur et a mesure évoluer jusqu’à devenir un géant. Il y a des jeux qui sont excellents sans être des Triple A, le plus important c’est comment agencer les différents éléments. Des Jeux comme Céleste, Katana Zero, Bro-Force ou Tetris sont des exemples. Plus recent Hollow Knight: Silk Song.



C’est pas des graphismes a la Elden Ring DU TOUT mais on y JOUE! Donc faut pas bloquer dessus. Si vous voulez commencer parce que vous avez la conviction il faut trouver les bon partenaires pour vous accompagner. Donc en fait comme le fameux slogan “Just do it”
Identifier et gérer les risques. C’est un outil assez basique et extrêmement important de gestion de projet. Identifiez ce qui peut freiner ou faire capoter votre projet et identifier les actions pour éviter ou atténuer l’impact. Par exemple : si vous savez que les infrastructures énergétiques sont instables vous ne pouvez pas juste espérer et être frustre de l’inévitable, c’est un facteur à inclure dans votre business plan comme inclure un groupe électrogène, des connections internet alternatives ou même de concevoir le jeu ailleurs, etc… Oui faudra passer à la caisse. Ce sont des réflexions nécessaires pour arriver à ses objectifs. C’est vrai que le départ c’est un rêve mais la réalité c’est que c’est du business.
J’espère que c’était intéressant pour vous et je continue mon exploration. Je ne sais pas ou elle mènera mais une chose est sure ce sera d’autre expériences a partager avec vous.

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